Rita Cuzzupi

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 Rita Cuzzupi
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Tout se transforme.

Blogbook

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jeudi 24 avril 2008

Pataquès

Un pataquès est une liaison mal-t-à propos. J'ai trouvé sur Projet Babel une anecdote que je trouve délectable et je ne résiste pas-t-au plaisir de la publier-z-ici :
Un pataquès

L'origine de ce mot repose sur une anecdote. Il serait né, dit-on, au XVIIIe siècle, d'une discussion galante et futile entre un homme et deux femmes.

Monsieur, ayant trouvé un éventail, s'enquit de la provenance auprès de ses voisines. L'une lui répondit : «Il n'est point-z-à moi» et l'autre lui dit : «Il n'est pas-t-à moi»...

Interloqué, l'homme s'écria à son tour en accumulant les fautes de liaison : «Puisqu'il n'est point-z-à vous et qu'il n'est pas-t-à vous, ma foi, je ne sais pas-t-à qu'est-ce !»

dimanche 16 mars 2008

Pintade version 1.2 Girly

Pintade version girly

J'ai re-colorisé ma pintade à la demande de Sonia pour la faire correspondre aux couleurs de la bannière de son site. La première version (voir ci-dessous) reste ma préférée parce qu'elle se rapproche davantage du volatile dont je me suis inspirée - et puis (la trentaine passée y est-elle pour quelque chose ?) je lui trouve un petit côté Fantômette ou Catwoman plutôt sympathique :-)

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lundi 10 mars 2008

Lavis au vin rouge (Un hiver, un soir)

Vancho' de vie - Croquis aux crayons de couleur et lavis de vin

Dessiner économie, dessiner écologie :-)

samedi 1 mars 2008

Raconte-moi une (courte) histoire...

Le Court Métrage dans tous ses états - Première de couverture

Le Court Métrage dans tous ses états - Deuxième de couverture

Première et quatrième d'une couverture de mémoire sur le cinéma réalisée pour Julie Combaluzier, étudiante à l'EFAP Lyon enthousiaste et passionnée, à partir de ses indications.
Bonne chance, Julie et merci de votre confiance !

mercredi 27 février 2008

Je dis NON aux OGM

Et vous, avez-vous signé la pétition ?

mardi 26 février 2008

Juste un peu (plus) de rêve

Juste un peu (plus) de rêve

lundi 18 février 2008

Recentrons

Mon billet sur le hotlinking peut évoquer, pour ceux qui ne me connaissent pas personnellement, une attitude quelque peu rapace(1) et conservatrice. Comme cette image capitalisante ne me plaît guère, voici de quoi contrebalancer visuellement une attitude peut-être maladroite, par un billet qui "penche" à gauche, comme dit copine Luce ! Ci-après, quelques essais de logos orientés, à la demande d'une amie, en vue des prochaines municipales. Les arcades suggérées en haut du visuel sont celles du passage couvert de la Place aux Herbes, en plein centre touristique de la jolie ville d'Uzès.

Uzès à gauche - 4 projets de logos

(1) Je m'intéresse depuis peu à l'observation des oiseaux, notamment des rapaces. J'ai appris aujourd'hui qu'à partir de mars, on peut voir dans le Gard des vautours percnoptères et des aigles de Bonelli. Génial, non ?!

dimanche 17 février 2008

Hotlinking et protection de la bande passante (au moins)

En consultant les statistiques d'accès à mes sites, je me suis rendu compte que certaines de mes images étaient (abondamment) utilisées pour illustrer divers sites et forums. Jusqu'ici, je ne m'en étais pas souciée plus que ça mais deux considérations m'ont fait réagir.

La première a trait à l'hébergement : les images liées consomment de la bande passante, ce qui peut ralentir l'accès à certaines pages et m'obliger, à terme, à payer plus cher pour augmenter mes quotas chez mon hébergeur, alors que c'est inutile par rapport à la quantité de données stockées.

La deuxième raison est d'ordre idéologique - et je sais qu'il n'y a pas de moyen réel de s'en préserver, mais c'est pour le principe. Je supporte mal de voir des images que j'ai créées, quel que soit leur intérêt plastique, utilisées pour illustrer des propos qui vont à l'encontre de mes convictions philosophiques. Par exemple, je me suis rendu compte que Embraso avait été utilisé sur un forum de discussion politique (dans un discours globalement en opposition avec mon propre engagement citoyen) et cela me déplaît fortement.

On pourrait parler aussi du fait que les sources, quand on se réfère à tel texte ou image, sont rarement citées. Déjà que les documents sont souvent présentés hors de tout contexte, ce qui modifie grandement leur portée tant visuelle que sémantique... Tout cela reflète un manque de civisme qui n'est, somme toute, que le prolongement de la légèreté avec laquelle beaucoup de nos congénères abordent les choses et les relations humaines.

Je rappelle que les créations présentées sur mon site, sauf indication contraire, sont diffusées sur internet sous contrat Creative Commons (comme rappelé par le logo qui se trouve dans la colonne de droite de ce blog mais aussi sur la page d'accueil de mes divers sites). Cela signifie que vous êtes libre de reproduire, distribuer et communiquer ces images(1) au public selon les conditions suivantes :

Paternité. Vous devez citer le nom de l'auteur original de la manière indiquée par l'auteur de l'oeuvre ou le titulaire des droits qui vous confère cette autorisation (mais pas d'une manière qui suggérerait qu'ils vous soutiennent ou approuvent votre utilisation de l'oeuvre).

Pas d'Utilisation Commerciale. Vous n'avez pas le droit d'utiliser cette création à des fins commerciales.

Pas de Modification. Vous n'avez pas le droit de modifier, de transformer ou d'adapter cette création.

J'ajoute que je souhaite que mes créations ne soient pas exploitées à des fins politiques, religieuses ou idéologiques sans mon accord.


(1) Sous réserve que j'en sois l'auteure ! Je veille autant que possible à citer mes sources quand je publie d'autres visuels que ceux que j'ai créés. Si mes références vous semblent incomplètes ou erronées, merci de me le signaler.
____________________________________________________________

Merci à L'écho des haies pour son aide technique !

[Edit 18/02/2008 13h : Je désactive ce système pour le moment car on me signale un problème d'affichage. Je vais chercher...]

[Edit 18/02/2008 20h30 : J'efface pour le moment le code que je donnais plus bas, puisque pour moi en tout cas il ne fonctionne pas. Je vais tester une autre méthode sur les conseils de Thierry que je remercie vivement ! Merci aussi à Didier de m'avoir signalé le problème sur Mac - c'est beau la solidarité :-) ]

mercredi 6 février 2008

Toute une mer immense où fuyaient des galères

Oeil bleu - Crayon de couleur, aquarelle

J'ai toujours aimé dessiner les yeux - fascination certes commune. Je peux y trouver un tas de raisons, toutes bonnes, toutes mauvaises. Si bien que je préfère n'en invoquer aucune, d'autant qu'il n'est pas impossible que la seule raison d'aimer une chose ou une personne soit justement de l'aimer sans raison. Je parodie honteusement (ma non troppo) par ces mots Saint Augustin quand il écrit que "la mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure". Théoricien, Père, Docteur (de l'Église catholique) : chacune des étiquettes qu'on lui attribue est connotée d'une forme de dualité ou d'ambiguïté qui sied bien à la vision que j'ai du personnage, dont les écrits, lus par bribes dans des contextes divers (études de textes latins, philosophiques, religieux), m'ont toujours questionnée et plongée dans un abîme de réflexions - comme peuvent m'y conduire aussi un regard, une expression, l'intonation d'une voix. Il me semble parfois que la plus belle part - la plus vraie, aussi - des êtres et des choses est celle qui ne se dit pas, ne se voit pas, ne se touche pas ; elle se perçoit par une perception globale à la localisation indéterminée, se sent plus qu'elle ne se comprend. Partant, dessiner, transitivement ou intransitivement, me semble une façon particulièrement intime et impliquante de communiquer avec l'être. Les yeux reflètent souvent cette part d'ineffable qui constitue peut-être notre plus grande vérité.

Bien sûr on apprend dans les écoles d'art qu'il faut conceptualiser son travail plastique, poser des problématiques et des enjeux pour éviter l'écueil d'un formalisme gratuit. Mais de croquis en esquisse, de tâche en gribouillage, je me demande depuis un moment déjà si vraiment le sens ne surgit qu'au prix d'une pensée sciemment construite, ou si son émergence est possible sans que l'intention en ait été formalisée, verbalement tout du moins. Puisqu'il y a de l'ineffable dans l'être, pourquoi n'y en aurait-il pas aussi dans ses émanations ?

Il est vrai qu'à trop errer de feuille en feuille, on risque de s'égarer tout à fait et de se retrouver à flotter dans un vide qui tiendrait davantage du néant que du non-être ; mais "celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion" - c'est Saint Augustin qui l'a dit. Et "si je me trompe, c'est que j'existe."

Le titre de ce billet est l'effet d'une persistance parnassienne.

mercredi 30 janvier 2008

Dessine-moi une pintade

Pintade au gloss rouge

Illustration réalisée pour un blog de fille Les Chroniques de Sonia [qui n'est pas un blog de fille - edit du 12/02] sur la base d'un cahier des charges aussi improbable que rafraîchissant :

"Même si tu sais pas dessiner, c'est pas grave... L'important est de participer et y a toujours un Gloss de marque à gagner !
Seule contrainte : une pintade volaille (pas un être humain, mais elle peut avoir une tête humaine), en position assise, les genoux croisés, des talons hauts et... du Gloss évidemment !"

samedi 26 janvier 2008

Une vérité [au ton] qui dérange

Poubelle Terre

Il est une formule bien connue des étudiants en arts plastiques, arts appliqués, design ou architecture : "La forme suit le fond" ou "La forme découle de la fonction". Louis Sullivan pose en ces termes, à la fin du XIXe siècle, les bases du Fonctionnalisme. En ce début de XXIe siècle, on observe une modification du paradigme : aujourd'hui, les objets et les bâtiments tendent à symboliser leur fonction plus qu'ils ne la représentent, au travers des choix esthétiques, technologiques mais aussi fonctionnels ou géographiques qui les définissent ; le Musée juif de Berlin (1993-1998) par l'architecte américain d'origine polonaise Daniel Libeskind (né en 1946) est à cet égard exemplaire (la fonction même des éléments de l'architecture est en grande partie symbolique).

L'analyse des œuvres d'art et les problématiques de la communication visuelle et globale devraient amener l'esprit critique à s'interroger sur ce qui est dit mais aussi sur la manière dont les propositions sont formulées. J'ai assisté hier soir à une projection du film d'Al Gore, Une vérité qui dérange (2005), organisée par le CRÉA (Citoyens Responsables Écologie Avignon) à la bibliothèque Jean-Louis Barrault. Au début du film est cité un auteur dont j'ai oublié le nom et qui, de mémoire, dit en substance : "Le danger, ce n'est pas ce qu'on ignore ; c'est ce qu'on tient pour vrai alors que ça ne l'est pas." C'est plausible et Al Gore déploie énergie et artifices médiatiques dans un véritable spectacle pétri des codes du show-business américain, saturé de bons sentiments vaguement sirupeux ("Voyez comme je suis un bon père de famille, un bon citoyen, un humaniste généreux, un gars simple qui vit avec son temps..."), pour nous parler de la "vérité [écologique] qui dérange", de la rétention d'informations et autres malversations dont sont soupçonnées certaines instances désireuses de maintenir la prééminence du système financier et économique sur les préoccupations environnementales. Le discours écologique de l'ex-candidat à la présidence américaine est tout à fait respectable et le personnage est probablement sincère. La cause, évidemment, est juste. Je ne remets pas en question le fond et d'ailleurs, indépendamment de mes convictions personnelles, l'écologie ne constitue pas le sujet de ce billet ; c'est la forme que je veux discuter.

J'ai toujours été perplexe face à la sentence téléphonée qui assène que "la fin justifie les moyens". Je n'arrive pas à être d'accord là-dessus. Et il arrive que l'on ait raison mais que dans la manière d'exprimer son point de vue, on ait tort. L'emphase "Tupperware" d'Al Gore flirte avec une forme de démagogie qui me pose question en ce sens qu'elle ressemble de très près à une manipulation des foules similaire à la fascination exercée sur les masses par l'écran de télévision ou un feu d'artifices. Du pain et des jeux... Je ne remets pas en question la bonne volonté d'Al Gore et son film (à vrai dire, c'est le film de David Guggenheim) est extrêmement positif dans la mesure où il expose clairement des données chiffrées facilement compréhensibles, propices à une prise de conscience de l'état véritablement alarmant de la planète. Je suis mal à l'aise toutefois devant un marketing à l'américaine qui s'accorde mal avec ma vision de la démocratie et de la citoyenneté (il est vrai cependant qu'au départ, c'est un Américain qui parle aux Américains).

S'il s'agit de vérité et de parole, révisons nos classiques pour favoriser l'émergence d'une pensée rationnelle inspirée par nos grands philosphes comme Descartes ou Pascal plutôt que par le diktat publicitaire : penser, c'est comprendre, juger, déduire, ordonner ; la pensée procède d'un processus de compilation d'informations issues de sources diverses, d'analyse, de comparaison, de synthèse. Conséquemment, sensibiliser, ce n'est pas faire peur ou culpabiliser, ce n'est pas non plus décréter sur un mode péremptoire, mais plutôt inciter, par son attitude, à comprendre, juger, déduire, ordonner ; à s'informer, analyser, comparer pour se faire sa propre opinion. L'orateur qui veut convaincre a une responsabilité envers son auditoire, comme l'explique la Logique de Port-Royal (1662) ; il peut être opportun de se référer à cette antique publication, dans notre actualité saturée de moyens de "communication" pas toujours employés à bon escient, et de garder en mémoire que "ceux qui désirent persuader les autres de quelque vérité qu'ils ont reconnue (...) doivent se souvenir que, quand il s'agit d'entrer dans l'esprit du monde, c'est peu de chose que d'avoir raison ; et que c'est un grand mal de n'avoir que raison, et de n'avoir pas ce qui est nécessaire pour faire goûter la raison. S'ils honorent sérieusement la vérité, ils ne doivent pas la déshonorer en la couvrant des marques de la fausseté et du mensonge ; et s'ils l'aiment sincèrement, ils ne doivent pas attirer sur elle la haine et l'aversion des hommes par la manière choquante dont ils la proposent. C'est le plus grand précepte de la rhétorique, qui est d'autant plus utile, qu'il sert à régler l'âme aussi bien que les paroles ; car, encore que ce soient deux choses différentes d'avoir tort dans la manière et d'avoir tort dans le fond, néanmoins les fautes de la manière sont souvent plus grandes et plus considérables que celles du fond."

L'écologie traîne des valises bien assez lourdes avec tous les clichés qui l'accablent, à tort ou à raison, depuis des dizaines d'années : de l'icône désuète et gentiment dépassée du "baba cool" à l'archaïsme utopique et inconscient du marginal qui condamne le progrès dans sa totalité, c'est déjà assez difficile de promouvoir une pensée orientée vers un développement durable tant humain qu'écologique, sans devoir subir aussi la présomption de récupération politicienne (je fais pour ma part la distinction entre engagement citoyen et politique). Or, à mes yeux, l'attitude d'Al Gore, quelque bonnes que soient ses intentions, induit une part de manipulation, certes pour la bonne cause, mais une manipulation quand même. Et cela me gêne au même titre que la discrimination positive, qui entretient malgré tout une notion d'"anormalité" en supposant nécessaires (ils le sont parfois, hélas !) des lois et des quotas là où le simple bon sens humain devrait avoir valeur d'évidence et de postulat.

Ceci dit, l'équipe de CRÉAvignon présente son programme pour les élections municipales à Avignon de manière sobre (ouf !) et convaincue, suffisamment pour être entendue. Ils ont quelques bonnes idées pour la ville et m'ont paru réalistes dans leur manière d'aborder les choses. Je salue leur initiative de mettre à la disposition des Avignonnais un forum pour favoriser le covoiturage(1) (entre autres), sur leur site en construction. C'est un début... Je conclus en relayant l'invitation du CRÉA à participer à une prochaine rencontre sous forme de buffet bio et soirée dansante le 9 février (vous auriez dû préciser le lieu, voyons...).


(1) Penser aussi à covoiturage.com pour les longs trajets !

mardi 15 janvier 2008

2008 - et plus si affinités

Bonne année 2008

vendredi 14 décembre 2007

Tanti auguri per te

Buon compleanno !

mercredi 7 novembre 2007

La rupture fragile

Passionnée de portrait (ou du moins de figure humaine, terme générique qui me semble plus adapté aux inégales tentatives commises), j'ai un projet embryonnaire de croquis in situ que j'envisage depuis quelque temps comme une "Tentative d'épuisement d'un nom" (merci à Georges Perec pour cette formule dont nous, lecteurs amoureux des mots, aurons usé et abusé !). Il s'agirait de noyer l'identité d'un individu parmi la multitude des inconnus homonymes, le nom propre devenant ainsi, en quelque sorte, un lieu commun. Si j'évoque cette intention vague ici alors qu'elle n'est encore qu'une vue de l'esprit, c'est qu'en réalité ce projet ne verra peut-être jamais le jour. Son élaboration constitue toutefois, au goutte à goutte, un travail de recherche sémantique et de formalisation structurant.

Comme souvent, j'en retrouve l'écho au travers des mots, des idées et des réalisations des autres - en l'occurrence, d'une autre en particulier, habile à réinvestir les émotions et évènements de sa vie dans une démarche artistique pertinente. Dans Prenez soin de vous, l'artiste Sophie Calle (voir son parcours sur le site du Centre Pompidou) présente la réponse de cent sept femmes auxquelles elle a demandé d'interprêter une lettre (un mail) de rupture qu'elle a reçu et auquel, dit-elle, elle n'a pas su répondre. Chacune des femmes sollicitées a analysé, interprêté, réécrit, etc. la lettre à la lumière de sa spécialité professionnelle.

Plusieurs de ces relectures sont passionnantes, surprenantes et révèlent en effet un talent indéniable chez leur auteure. Je trouve notamment délectable l'essai proposé par Françoise Balibar, la Physicienne(1) (j'écris le mot avec une majuscule initiale parce que cette manière de faire intervenir une personne en invoquant spécifiquement ses compétences me fait penser aux personnages archétypaux rencontrés par Le Petit Prince dans son périple - on pourrait d'ailleurs établir un certain nombre de parallèles entre le célèbre conte philosophique d'Antoine de Saint-Exupéry et la démarche de la plasticienne). En voici le dernier paragraphe :

«De fluer(2) à flouer, il ne manque qu'une voyelle. "C'est pas juste !" dit-on dans les cours de récréation, à l'âge où les règles de la vie sont vécues comme des agressions castratrices unilatérales, désastreuses, injustes,(3) maléfiques. C'est pas de jeu ; et si l'on changeait les règles, compréhensibles (évidemment) mais qui, après tout, ne sont que posées au début de toute cette histoire. C'est justement ce qui est impossible, ce que la Nature (avec un grand N) ne permet pas. Mais avant d'en arriver à de telles extrémités, avant de fluer et d'être floué, le matériau a la possibilité de rompre. Rompre et non plier ; fracture fragile et non ductile. Chêne et non roseau. D'où ces brisures microscopiques accompagnées de craquements ultrasonores enregistrés par les détecteurs, comme si le matériau faute de parler, de dire ce qu'il a à dire de vive voix, jugeait préférable que du moins cela soit écrit. Tiré dans la direction de la force, ayant atteint la limite d'élasticité au-delà de laquelle l'attraction dans les directions voisines n'est plus capable de le ramener à son site de tranquillité papillonnante, l'atome (et le matériau tout entier) a "intérêt" à briser cette situation devenue irrémédiable et à rompre la liaison située dans l'alignement de la force. "Intérêt" ne doit évidemment pas être entendu en un sens anthropomorphique : l'atome n'est pas un être doué d'égoïsme et de raison, calculant les conséquences éventuellement désastreuses ou injustes de ses actes, pesant le pour et le contre. Non, l'atome obéit simplement à cette loi de la nature qui veut qu'un système évolue toujours vers l'état d'énergie minimum. Qu'on aime ou pas cet énoncé à connotation téléologique ne change rien au fait que le monde est ainsi fait, que les choses ne tournent pas autrement. La rupture fragile, franche (franchise obligée puisque les deux surfaces doivent pouvoir être remises en contact de façon quasi parfaite) est alors, pour le solide, la plus bénéfique des solutions.»


(1) Si j'ai bien compris, en mécanique des matériaux solides, le fluage est une déformation lente sous l'effet d'une action constante.

(2) Françoise Balibar est aussi philosophe, entre autres étiquettes possibles. Le peu que j'ai lu d'elle (et qui donne envie d'en découvrir davantage, parce que, quelque techniques que soient ses écrits, ils demeurent accessibles au néophyte) suggère un esprit ouvert apte à construire des passerelles entre les disciplines.

(3) Ce passage ainsi que les autres éléments mis en relief dans cet extrait sont en gras dans le texte édité. Sont ainsi signalées les citations qui constituent des références directes au mail de rupture.

mardi 16 octobre 2007

L'amour de la langue (et vice versa ?)

J'écoutais aujourd'hui France Culture dans la voiture, d'une oreille d'abord distraite, lorsque une brève chronique linguistique retint mon attention. J'adore l'étymologie et l'anecdote du jour est charmante : j'ai appris en effet que «grammaire» et «glamour» procèdent du même mot, «grimoire», abâtardi par l'usage de ce côté-ci de la Manche et de l'autre.

Pour qui s'intéresse aux lettres et/ou aux langues, les similitudes phonétiques, une fois pointées, n'ont rien de bien étonnant. En effet le glissement du «R» vers le «L» est fréquent ; de même, un «O» qui se transforme en «A» n'a rien d'exceptionnel, surtout pris dans un digramme(1) (ici, le «OI» de «grimoire» devient «AI» dans «grammaire»).

Au niveau sémantique, en revanche, on peut se demander ce que la savante grammaire a pu avoir, à un moment ou à un autre, de commun avec une notion aussi teintée de frivolité et de légèreté que le glamour, pour que le même mot les engendre. Pour comprendre, il faut remonter au sens initial de «grimoire» qui désigne un savoir mystérieux, magique, un envoûtement. D'une manière très poétique, le sens du mot a glissé dans deux directions différentes, pour évoquer d'un côté les secrets d'une langue et de l'autre, le mystère des procédés amoureux.

La chronique de Jean-Louis Ezine (2 min 32 seulement, j'en recommande chaleureusement l'écoute aux amoureux des mots ! c'est succulent) est disponible à l'écoute en ligne sur le programme de France Culture. J'en profite pour (re)dire combien je regrette qu'il ne soit pas proposé aux auditeurs de France Culture la possibilité de se procurer les enregistrements de certaines émissions (je pense notamment à une série de documentaires diffusés il y a un mois ou deux sur le livre et l'édition, dont je n'ai pu suivre qu'un épisode, et que je n'ai pas eu le loisir d'écouter sur le site internet de la radio pendant la brève période où ce programme était accessible). J'ai dans ma modeste CD-thèque quelques (précieuses) compilations de musiques du monde publiées par (Ocora) Radio France il y a une dizaine d'années. Si une telle collection est lourde et onéreuse à mettre en œuvre, il me semble qu'un dispositif de téléchargement ne présente pas de problème technique, pratique, juridique ou moral particulier ; à moins qu'il ne s'agisse d'un choix stratégique de la part de France Culture ? En tout cas, ayant peu de temps à consacrer à l'écoute d'émissions de radio, je le déplore.


(1) Si j'ai bien compris, «OI» et «AI» sont des digrammes et non des diphtongues, comme j'avais tendance à les appeler initialement : si deux voyelles servent à les écrire, leur son ne subit pas de modulation dans la prononciation. On comprend mieux la spécificité de la diphtongue en l'illustrant par des mots anglais : le «A» de «hate» (haïr) a valeur de diphtongue mais pas celui de «have» (avoir). Si je dis des bêtises, merci à l'érudit qui me prendrait en faute de m'en aviser !

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